L'Enrichissement du milieu en quelques mots

Tous les soigneurs savent que l’enrichissement du milieu consiste à multiplier les opportunités d’interaction entre l’animal et l’environnement dans lequel il vit. Essayons de comprendre pourquoi cela est nécessaire !

La première chose qu’il faut savoir est que les animaux sauvages, dans leur milieu naturel, exécutent des comportements adaptés aux situations qu’ils rencontrent. Malgré le fait qu’ils ne soient pas toujours actifs, ils ne connaissent pas, à priori, ce sentiment qu’on appelle « ennui », et qui serait une des causes des comportements inadaptés souvent observés en captivité.
A l’état naturel les animaux sont très souvent « occupés ». Quand ils ne sont pas au repos, ils sont en quête de nourriture, à la recherche d’un partenaire sexuel, ou encore à la conquête d’un nouveau territoire…
En permanence l’animal sauvage est stimulé par les éléments de son environnement. Il vit dans un monde fait d’interactions et régi par des lois naturelles. Chasser, fuir, chercher, migrer, manger, se reproduire, jouer, marquer son territoire, communiquer sont autant de comportements naturels exprimés dans la nature. Les moments d’inactivité correspondent la plupart du temps au repos nécessaire pour récupérer toute l’énergie dépensée, ce qui pour un lion ou un koala, par exemple, peut atteindre plus de vingt heures par jour ! Le temps consacré à tel ou tel comportement est spécifique à chaque espèce. Il est donc important de prendre en compte le « facteur temps » lors de la mise en place d’un programme d’enrichissement.

En captivité, le répertoire comportemental est souvent réduit à manger et dormir !
La nourriture, le territoire, et éventuellement les partenaires sexuels sont pour ainsi dire acquis « gratuitement ». Les compétions alimentaire, sexuelle et territoriale, qui en temps normal règlent la vie d’un animal sauvage, perdent ici tout leur sens.
Dans ce monde sans danger, sans proie, où l’espace est réduit, il y a de la place pour l’ennui.
Au zoo les animaux « ont le temps de s’ennuyer » !
Comment cela se traduit ?
Un animal qui s’ennuie va, la plupart du temps, développer des comportements anormaux, inadaptés, non naturels et quelquefois insensés.
Ainsi, il n’est pas rare d’observer des stéréotypies. La stéréotypie est la répétition d’un même mouvement n’ayant aucun sens. Ces comportements anormaux permettent, en quelque sorte, de « passer le temps ». La léthargie ou au contraire l’hyperactivité sont aussi des réponses potentielles à l’ennui.
Comment lutter contre ce malaise psychologique et physiologique, conséquence directe de la captivité ?
Pour éviter que les animaux ne s’ennuient, il faut enrichir leur environnement (Avant on doit s'assurer que le programme de soin est adapté à l'animal).
L’enrichissement du milieu est un concept qui consiste à modifier l’espace vital d’un animal captif afin qu’il exprime davantage de comportements ; Le but étant d’améliorer la vie du pensionnaire en le stimulant, en « réveillant » ses instincts naturels.
Pour cela, les soigneurs doivent trouver des stratégies qui permettent de multiplier les choix des animaux, afin de « pimenter » leur vie.
Nouvelles odeurs, nourriture dissimulée dans l’enclos, réaménagement de l’espace, nouveaux « jouets » sont autant d’éléments qui vont interpeller l’animal et provoquer des réactions. Mais attention ! Changer son environnement n'améliore pas forcément son bien-être. Il est essentiel d’observer et d’analyser les données de ces observations afin de s’assurer que les réactions de l'animal sont celles que l'on souhaitait obtenir.
Si par exemple on donne à un animal plus de possibilités de faire de l'exercice et qu’en conséquence il ne dort plus assez, alors son bien-être ne sera en aucun cas amélioré (plus d’activité mais manque de sommeil).
Le temps passé à s’intéresser à un enrichissement est du temps gagné sur l’ennui. Si l’on veut développer le répertoire comportemental d’un animal, il faut le confronter le plus souvent possible à de nouveaux éléments. Plus l’animal se retrouve confronter à des choix, plus son répertoire comportemental est diversifié. Toutefois il est important d’adapter le programme à l’espèce mais aussi à l’individu. En effet certains animaux s'adaptent bien tandis que d'autres non. Un environnement changeant constamment peut être très stressant et en aucun cas enrichissant pour un animal qui serait en permanence effrayé.
Un enrichissement peut être alimentaire, olfactif, auditif ou matériel (objets, jouets). Le soigneur peut modifier l’environnement de ses protégés avec des aménagements, des structures et autres accessoires variés qui peuvent être permanents ou temporaires. Il faut prendre en compte tous les sens et toutes les capacités spécifiques à l’espèce.
Pour qu’un enrichissement ait une efficacité maximale, il doit être retiré avant que l’animal ne s’en désintéresse. Le programme doit être rotatif et comprendre différents thèmes et différents composants.
Il est très important qu’un temps d’observation suive « la pose d’un nouvel enrichissement » afin de voir l’effet induit et de tirer des conclusions. L’analyse des données collectées permet de vérifier que l’on obtienne bien les résultats souhaités et aide le soigneur à améliorer, si besoin, son programme d’enrichissement.

Le fait d’enrichir le milieu des animaux captifs contribue à améliorer leur bien-être. Parallèlement, en stimulant ces animaux, nous préservons une diversité de comportements naturels.
Même dans un milieu artificiel un animal peut exprimer des comportements semblables et aussi variés que ceux qu’il accomplirait dans la nature. Mais pour obtenir certains de ces comportements nous devons quelquefois avoir recours à des articles ou des systèmes non naturels.

Anthony Ciréfice