La pédagogie en parc : option ou nécessité ?

A quelques exceptions près, la pédagogie en parc privé en France n’en est qu’à ses balbutiements. Frais, personnels, temps supplémentaires pour s’occuper des animaux humains, quel intérêt ?

L’évolution de notre milieu professionnel, partant de la collection spectaculaire vers un centre de conservation des espèces menacées, est certainement la source de motivation des collègues « nouvelle génération ».
Je ne connais aucun soigneur qui ne préfèrerait voir ses hôtes en liberté, nous connaissons tous les menaces pesant sur leur milieu naturel et la nécessité que la conservation ne soit pas qu’un vœux pieux (ou un thème de marketing).
C’est de cette véritable prise de conscience que découle ce partage d’expériences, tant sur le travail que sur le bien-être de nos animaux.

Mais ces derniers, outre le bonheur qu’ils apportent, doivent servir d’ambassadeurs pour leur espèce et leur biotope si l’on veut voir plus loin que leur simple détention…
Suivant l’expression consacrée, « réfléchir globalement, agir localement », la pédagogie devient alors un outil indispensable.

(Très) petite histoire de la pédagogie

Dans l'antiquité, le pédagogue était un esclave qui accompagnait l'enfant à l'école, lui faisait réciter ses leçons et faire ses devoirs. Heureusement, on n’en est plus là !

A la Renaissance, période où l’humanisme était au goût du jour, la pédagogie a pris un véritable tournant : Rabelais, Rousseau, puis l’anglais Robert Owen sont les précurseurs de la pédagogie appliquée en parc.
On oublie la simple transmission de connaissances, l’enseignement se doit de :

  • Mener à un développement personnel de l’interlocuteur dans un cadre agréable,
  • Stimuler la curiosité, l’envie d’en connaître toujours plus…
  • Etre expérimentale et socialisante (John Dewey),
  • Créer un climat de compréhension mutuelle (Mr Coussinet),
  • Etre équitable : tout être humain est capable d’apprendre.

Applications en Parc…

  • Mr Pestalozzi, un homme des Lumières, pense que « la culture doit être universelle et libératrice ».
    En effet, nous sommes tous régulièrement stupéfaits des idées reçues de certains visiteurs, et du désintérêt ou des actes de malveillance qui en découlent (on rejoint Rousseau qui pense que l’enfant naît pur et que c’est l’acquis qui déforme son jugement).
    En apportant un peu plus d’objectivité sur l’animal, on comble des lacunes mais surtout, on ouvre l’esprit du visiteur sur nos propres actes et préjugés,(je pense aux « mal aimés », à l’image répandue du « carnivore méchant » bien que nous soyons nous même prédateurs, aux superstitions…) et l’on rappelle à l’homme civilisé qu’il fait partie d’un Grand Tout.
    Par là même, on obtiendra plus de tolérance et de réflexion.
  • C’est passionnant !
    Réunissez quelques soigneurs et en quelques minutes, vous aurez droit à des épopées amusantes et touchantes de leurs protégés.
    Le public voit rarement que les animaux, du reptile aux oiseaux, sont des individus.
    Hors, leur personnalité entretient notre investissement personnel ! Si l’homme a tendance à s’éteindre, blasé par ses propres difficultés, on remarque qu’il n’est pas réfractaire à une part de rêve...
    L’attachement à l’animal présenté mène à l’empathie, à un intérêt nouveau pour l’espèce, stimulant aussi bien le cerveau que les sens.
  • Conscience, espoir et choix
    La sensibilisation concernant les grandes tragédies biologiques est inévitable.D’expérience, on sait que personne n’a la science infuse, et que les médias sélectionnent leurs informations. La pédagogie permet un accès à la connaissance et d’échanger différents points de vue concernant l’état de la planète.
    À l’inverse, la majorité consciente à tendance à désespérer. Pourtant, de nombreuses actions locales (programmes de conservation sur le terrain, associations, parcs naturels) ou plus larges (EEP) ont parfois un impact très positif avec peu de moyens.
    N’oublions pas que la sensibilisation à l’environnement (et donc l’implication des populations locales) est le seul moyen efficace de pérenniser l’action des parcs naturels des pays en voie de développement.

Pour agir, l’homme a besoin de cœur, d’espoir et d’exemples.

Les parcs zoologiques sont un milieu idéal pour susciter l’envie d’avancer. De la pédagogie, devront ressortir surtout une logique et quelques valeurs universelles qui permettront de réadapter l’Homo sapiens à un environnement propice au bien être de sa propre espèce !
Le tout dans une ambiance productive (stimulante et agréable), quel que soient l’âge, l’origine ou la culture du visiteur.
Car, que l’on utilise le terme de biologie ou de Création, la Nature est non seulement indispensable mais fascinante.

Magali Brylinski